Une randonnée à ski sur les traces de Gaspard de la Meije dans un environnement de haute montagne avec un départ de la Bérarde, une nuit au refuge du Châtelleret et une arrivée vertigineuse au refuge du Promontoire.

La route qui mène à la Bérarde vient juste de rouvrir. Nous nous engouffrons dans d’énormes sillons creusés à travers les coulées d’avalanches pour y parvenir. Niché au fond de la vallée du Vénéon, le hameau cultive des airs de bout du monde. Il m’évoque les villes fantômes de la ruée vers l’or. Les cabanes en bois délabrées côtoient quelques bâtiments en parpaings et les vestiges d’habitations traditionnelles en pierre. Heureusement, une fière chapelle et les sommets des Ecrins veillent sur le village désert.

Chapelle Notre Dame des Neiges La Berarde
la Bérarde

La Gaspardine est un week-end de ski de randonnée organisé en mémoire de Pierre Gaspard. Nous allons suivre l’itinéraire emprunté par le célèbre guide-paysan de Saint Christophe en Oisans qui réussit le premier à gravir le Grand Bec de la Meije. Un petit homme au visage buriné nous attend en face de la Chapelle Notre Dame des Neiges. Il s’agit de Pierre, notre guide. Plusieurs groupes se forment en fonction des niveaux. Je me retrouve bien entouré avec Margaux, ma femme, Véronique, sa collègue, et Stéphanie, venu de Grenoble ce matin.

Une stèle immortalise "la conquête du dernier sommet majeur des Alpes"

Je remarque une stèle derrière lui rappelant l’exploit de Pierre Gaspard et Emmanuel Boileau de Castelnau qui ont conquis « le dernier sommet majeur des Alpes » en 1877, la « Reine Meije ». C’est à cette époque que la Bérarde va passer du statut de village de paysans montagnards à celui de lieu de départ de courses alpines réputées. Pierre nous ôte d’un doute : « Aujourd’hui, il n’y a plus personne qui habite à l’année ici. Peu de gens acceptent de vivre coupé du monde une bonne partie de l’hiver… ».

ski de rando gaspardine

Nous entamons la montée en suivant le torrent des Etançons derrière la Bérarde. La neige est un peu lourde. Pierre nous enseigne rapidement comment réaliser les conversions. Un coup à prendre. Mais après quelques contorsions et réglages (ne pas laisser ses chaussures en position « ski » dans la montée…), le petit groupe file vers le Plat des Etançons. Le temps s’est rapidement couvert. Impossible d’apercevoir la Barre des Ecrins. Nous progressons, seuls au monde, dans le vallon des Etançons qui se rétrécit. Des coulées de neige débaroulent des hauts sommets qui nous entourent dans un grand fracas. Notre guide nous rassure, « ce ne sont que de toutes petites coulées inoffensives », avant d’ajouter : « par contre celle-ci, il valait mieux ne pas être dessous ». Nous contournons les gros blocs de neige échoués dans le vallon. Pierre nous désigne l’endroit d’où l’avalanche est partie.

Le refuge du Châtelleret est construit là où Pierre Gaspard avait bivouaqué avant l’ascension de la Meije

La Meije, ou plutôt le Grand Bec, comme l’appelait les habitants de Saint Christophe en Oisans, surplombe désormais le vallon. « Sa majesté » nous désigne le chemin. Je laisse glisser mes skis en accompagnant le mouvement avec les hanches. Accaparé par la recherche du beau mouvement, je ne vois pas le temps passé et je me retrouve rapidement sous le refuge du Châtelleret. Là où 141 ans plus tôt, Pierre Gaspard avait bivouaqué avant d’attaquer l’ascension de la Meije. Le refuge n’existait pas encore. Son  équipe et lui avait dormis à l’abri des gros blocs de pierre qui se trouvent désormais derrière la nouvelle bâtisse. Notre guide nous propose de nous reposer avant de faire quelques exercices avec nos Détecteurs de Victimes d’Avalanches (DVA) et de rencontrer, Jérôme Forêt, un garde du Parc National des Ecrins.

Refuge du Chatelleret hiver ©Véronique Gnema

Après une bonne nuit de sommeil (oui ça arrive parfois en refuge), nous voilà parti à l’aube en direction du Refuge du Promontoire. Vero peine un peu à démarrer. Au niveau de la moraine, elle interpelle Pierre : « Continuez sans moi, je vois bien que je vous ralentis ». Stéphanie répond « Non Véro, nous avons commencé cette aventure ensemble, nous la finirons ensemble ! » (pour les besoins de l’article les propos ont pu être quelque peu modifiés, mais l’idée est là…). Pierre décide de ralentir le rythme et de faire passer Véro derrière lui. 

La reine Meije trône au-dessus de nos têtes

Le groupe reprend la montée plus soudé que jamais ! Le guide de la Bérarde trace de beaux virages pour atténuer la pente qui se fait de plus en plus raide. Je contemple la face sud de la Meije et sa brèche. La « Reine Meije » trône désormais de manière impérieuse au-dessus de nos têtes dans un silence de cathédrale. Pour éviter les conversions  sous le refuge du Promontoire, Pierre décide de nous faire passer plus à l’Ouest où la déclivité s’adoucit.

ski de rando promontoire

Mais une nouvelle difficulté va mettre à l’épreuve la cohésion du groupe. Stéphanie aperçoit la vire qui mène au refuge et craque : « Moi je ne monte pas par là pour aller au refuge, je vous attends en bas ! ». Margaux et Véro ne sont pas rassurées. L’édifice qui existe depuis le début du 20ème siècle est accroché à son éperon éponyme. Il nous nargue ! Après quelques tergiversations, les filles tentent le coup. Pierre accompagne Stéphanie et je m’occupe de Margaux. Une main courante facilite la progression. Margaux avance timidement à la manière d’un funambule chaussé de bottes de ski. Après une belle montée d’adrénaline, tout le monde parvient sur le Promontoire. Objectif atteint !

Gaspard et son équipe avait continué jusqu'au glacier carré. Pour nous l'ascension s'arrête ici.

Gaspard et son équipe avaient continué jusqu’au glacier carré avant de grimper le Grand Pic de la Meije. Pour nous, l’ascension s’arrête ici. Un des gardiens nous explique qu’ils n’ont pas encore vu grand monde ici, « nous avons à peine servi quelques repas, et personne n’est venu dormir ». Il y a tellement de neige cette année qu’il faut emprunter une grotte de glace pour aller aux toilettes ! Il n’y a maintenant plus qu’à descendre le vallon et se laisser glisser jusqu’au Chalet Alpin de la Bérarde où une tartiflette bien méritée nous attend.

Un peu de lecture pour aller plus loin

le roman de gaspard de la meije

« Le roman de Gaspard de la Meije », d’Isabelle Scheibli